À grande vitesse vers le pire des mondes

À grande vitesse vers le pire des mondes

Le Conseil Fédéral gouverne par ordonnance depuis un peu plus de deux semaines. Si nous avons pu croire qu’il naviguait à vue dans un premier temps, il ne peut désormais y avoir de doute sur ses priorités ; c’est comme s’il avait été repris en main par ses donneurs d’ordres. En retraçant sur le vif quelques événements de la quinzaine écoulée, on voit se dresser devant nous un tableau monstrueux.

Les événements se sont succédé à un rythme frénétique. Décisive, cette semaine l’a été notamment concernant la question cruciale de l’arrêt des activités économiques non-essentielles.”

Le 13 mars 2020, le gouvernement édictait la première version de son « Ordonnance 2 COVID-19 ». On peine à imaginer que c’était il n’y a que deux semaines tant les mesures d’alors nous semblent à présent dépassées. Le temps s’accélère et nous nous habituons à grande vitesse à des comportements et des restrictions qui nous paraissaient inimaginables hier. Il y aura, entre le 13 et le 28 mars, huit modifications de ladite ordonnance sans compter les mesures édictées par le biais d’autres ordonnances en lien avec l’assurance perte de gain ou les féries juridicaires par exemple. Le gouvernement a repris des prérogatives aux Cantons et au Parlement et semble, malgré un temps de retard, décidé à dicter le ton.

Désormais, le Conseil Fédéral communique les principales décisions le vendredi après-midi, à la fin de la semaine usuelle de travail. Il a, par exemple, fallu attendre une semaine, du 13 au 20 mars, pour que les premières mesures d’aides économiques conséquentes soient mises en place. C’est en élargissant dans un premier temps le cercle des bénéficiaires du dispositif déjà existant de « Réduction des horaires de travail – RHT » que ces mesures ont principalement été concrétisées.

Un temps de retard  : du 13 au 22 mars

 

Entre le 13 et le 20 mars, Alain Berset incarne presque à lui seul la politique du Conseil Fédéral. Il multiplie les communications jusqu’à ce que son community manager plaisante sur Instagram avec l’humoriste Thomas Wiesel à propos de la calvitie du ministre et de la fermeture des salons de coiffure annoncée lors de la conférence de presse du 20 mars. . C’est durant cette semaine que l’on commence à mesurer la gravité de la situation. Il ne se passe pas un jour sans que l’organisation de la vie quotidienne évolue. Des plexiglas sont installés aux caisses des supermarchés ainsi que d’autres dispositifs de distanciation sociale. La télévision publique modifie massivement ses programmes et multiplie les émissions sur la crise sanitaire, car celle-ci s’aggrave rapidement, notamment au Tessin, premier canton touché par la pandémie de par sa proximité avec le foyer lombard. Les soins intensifs de ses hôpitaux sont rapidement saturés. Étant donné que de nombreux ouvriers résident en Italie, les contrôles à la frontière créent d’immenses bouchons. Ces derniers rendent la poursuite du travail sur les chantiers tessinois et dans les usines impossible, plus encore que la difficulté à respecter les normes d’hygiène. À Genève, pour des raisons similaires, les grandes manufactures horlogères ont fermé les unes après les autres dès le 16 mars. Deux jours plus tard, toujours à Genève les ouvriers arrêtent le travail sur un chantier important de l’Aéroport. Sur demande des syndicats et en accord avec les représentants patronaux locaux des métiers du bâtiment, le Conseil d’État décide la fermeture de tous les chantiers. Le Canton de Vaud ferme quant-à lui uniquement les chantiers publics. Le gouvernement cantonal tessinois, qui ne compte pourtant qu’un membre de gauche (Parti socialiste) dans ses rangs, ordonne l’arrêt de toutes les activités économiques non-essentielles dès le lundi 23 mars. Le gouvernement fédéral décide que les recommandations, comme la distanciation sociale d’au moins 2 mètres, de l’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) revêtent désormais un caractère contraignant pour l’ensemble de la population et donc également sur les lieux de travail. Lors de la Conférence de presse du 20 mars, Guy Parmelin, conseiller fédéral UDC en charge de l’économie, avait alors admis que les « partenaires sociaux » n’avaient pas encore pu être suffisamment consultés. Les événements de la semaine suivante éclairent ce qu’il entendait exprimer.

Le patronat reprend la main : du 23 au 29 mars

 

La semaine qui suit semble décisive en termes de restructuration des rapports de pouvoir. Les événements se sont succédé à un rythme frénétique. Décisive, cette semaine l’a été notamment concernant la question cruciale de l’arrêt des activités économiques non-essentielles. Car, jusqu’ici, la tactique du Conseil Fédéral était celle des « petits pas », soit de ne pas prendre de décision forte et rapidement mais de monter crescendo dans les mesures de confinement et d’en appeler à la responsabilité individuelle.

En coulisse, on s’active et on tente de rattraper le retard pris au démarrage. L’OFSP déclare dès le lundi 23 que la décision tessinoise d’arrêt des activités économiques non-essentielles est contraire au droit fédéral. On menace de ne pas octroyer les indemnités RHT aux employeurs genevois des métiers du bâtiment parce que la décision est cantonale et non fédérale. La Présidente d’Unia, plus gros syndicat par le nombre de membres, déclare dans le Blick, le journal le plus lu du pays, que l’arrêt des activités non-essentielles est une évidence. Au pays de la paix du travail et de la domestication des syndicats, sa prise de position sans précédent est comprise comme une déclaration de guerre par le patronat, en tête duquel la puissante fédération Swissmem qui avait déjà critiqué vertement la décision tessinoise. Il se dit qu’en représailles, elle n’a pas été conviée à la table ronde entre partenaires sociaux où on discute « au sommet ». Pierre-Yves Maillard, récemment élu à la tête de l’Union syndicale suisse, donne de gages… mais pas aux travailleurs et travailleuses. En effet, il déclare le 24 mars que si une décision a été prise trop tôt, elle doit pouvoir être changée. Une référence à peine voilée à la fermeture des chantiers genevois et à l’arrêt de l’activité économique tessinoise. En quelques jours, les véritables détenteurs du pouvoir semblent reprendre la main.

Alors que la rencontre des représentants des associations cantonales de médecins ne débouche sur rien, des appels se multiplient sous forme de lettres ouvertes ou de pétitions. Certaines demandent clairement l’arrêt des activités non-essentielles alors qu’une lettre ouverte de médecins publiée, qui reste floue, invite invite le « Conseil Fédéral [à] aller plus loin dans les mesures déjà entreprises ». Lorsque, suite à la conférence de presse du 25 mars, Thomas Wiesel, commentent la décision de maintenir les chantiers ouverts, en écrivant ironiquement « Parce que le coronavirus est visiblement comme les classes moyennes et supérieures, il évite les métiers de la construction », le community manager d’Alain Berset n’a probablement cette fois-ci pas répondu. Parce que les intérêts économiques (comprendre patronaux) priment sur le principe de précaution. Tant pis si les ouvriers ramènent le virus dans leurs foyers, tant pis si nous avons l’expérience italienne comme exemple et une courbe de propagation encore plus rapide du virus. En revanche, le même jour les premières mesures de surveillance de la population par géolocalisation avec l’aide de Swisscom, la compagnie de téléphonie nationale et responsable du réseau, sont annoncées.

Mais les contradictions existent aussi en Suisse. Le vendredi 27 mars, le Conseil Fédéral autorise la décision d’arrêt de l’économie prise par le Tessin en fixant des règles extrêmement strictes dans son ordonnance. C’est une concession du gouvernement fédéral aux Cantons dans le rapport de force qui s’est manifesté.

Le Conseil fédéral de son côté ne décidera pas le confinement généralisé. Il en reste à l’heure actuelle à une injonction contradictoire où il invite la population à « rester chez soi » sans l’y obliger tout en continuant à autoriser le travail dans l’économie non-essentielle. Les rassemblements de plus de 5 personnes et le non-respect des mesures de distanciation sociales (2 mètres) sont réprimés mais, sur les chantiers, dans les call-centers et autres lieux de travail, aucun inspecteur ne vient vérifier le respect des mesures d’hygiène : ces derniers ont été réquisitionnés pour vérifier les demandes de RHT.

Quelle suite ou comment éviter le pire des mondes ?

Si la semaine qui vient de s’écouler a eu son lot de rebondissements et qu’il est difficile de prédire l’avenir, il y a quelques signes avant-coureurs de ce qui pourrait nous arriver. À savoir une situation où nous serions toutes et tous confiné.e.s à domicile avec la possibilité de sortir seulement pour travailler et acheter des produits essentiels. En d’autres termes, un maintien de l’économie à tout prix, et l’interdiction de tout autre déplacement.

Il apparaît clairement que c’est uniquement sous une pression très forte et par des coalitions larges que le Conseil Fédéral consent à contredire les intérêts patronaux. L’expérience tessinoise le montre. Cela signifie donc qu’il est possible d’infléchir la ligne gouvernementale. Mais à quel prix ?

Suivant encore la politique des « petits pas », la mise en place de la surveillance via Swisscom ne pourrait être qu’un test avant une forme de surveillance plus importante. Cette surveillance généralisée des déplacements permettrait des mesures plus ciblées contre des individus. On pourrait imaginer, par exemple, retracer les contacts sociaux d’une personne atteinte du virus et les mettre en quarantaine comme cela est déjà le cas dans d’autres pays. Aux yeux des représentants patronaux qui dirigent le pays, elle présenterait l’avantage de permettre la continuation des activités économiques. Il s’agirait évidemment d’une violation profonde de notre sphère privée individuelle. Mais au rythme où vont les choses et à la vitesse de notre accoutumance, il se pourrait qu’aucune voix audible ne s’y oppose le moment venu.

Cette réalité dans laquelle, pour préserver la machine économique, on surveille massivement et on sélectionne les vies qui méritent d’être sauvées, peut sembler un scénario fou ou digne de la science-fiction. Mais, il y a quelques semaines encore, qui aurait prédit ce que nous vivons aujourd’hui ? Face à ce scénario d’une société totalement policée à l’aide de la technologie et où se rendre à son travail serait la dernière liberté de mouvement non réprimée, il semble plus important que jamais de construire dans l’urgence des coalitions larges et de se rassembler autour de la revendication de l’arrêt des activités économiques non-essentielles. Face à la crise, nous ne pouvons faire qu’attendre, il faut passer à l’offensive.

Ni loyers, ni expulsions: c’est au tour des propriétaires immobiliers de passer à la caisse !

Ni loyers, ni expulsions: c’est au tour des propriétaires immobiliers de passer à la caisse !

 

D’ici peu, les factures des loyers d’avril tomberont pour tou.te.s les locataires. Face à la crise, combien parviendront encore à les payer ? La survie de la rente foncière ne peut se faire aux dépens deshabitant.e.s. L’Etat s’est empressé de prendre des mesures pour soulager les entreprises, mais qu’en est-il des locataires et de leurs logements? Les mesures prises pour amortir cette crise ne sont destinées qu’à assurer le maintien, coûte que coûte, des activités économiques et du système d’accumulation capitaliste, en laissant pour compte la population. Si cette crise nous fait redécouvrir la solidarité, il faut qu’elle se transforme en redistribution des richesses.

 

Gel des loyers et des charges pour les logements.

Le secteur immobilier engendre depuis toujours des rendements colossaux et juridiquement abusifs : ce secteur a notamment accumulé des milliards sur le dos des locataires ces 20 dernières années, grâce à la baisse continue des taux hypothécaires (intérêts que remboursent les propriétaires aux banques). Cet argent doit à présent servir à sortir de cette crise en abandonnant la logique du profit, et ce, dès aujourd’hui. Il faut immédiatement mettre en oeuvre un plan de socialisation des profits immobiliers. Plus aucun profit immobilier sur le dos des locataires !

Moratoire du Conseil d’État sur les expulsions locatives et de squat.

Alors que les résiliations de bail risquent de se multiplier pour défaut de paiement lorsque l’argent viendra à manquer, aucune évacuation ne doit être rendue possible par les pouvoirs publics. Le Conseil d’État genevois a le pouvoir et doit ordonner l’arrêt des expulsions locatives pour une période minimale de 5 ans. La crise est le moment d’affirmer une bonne fois pour toutes que le droit au logement passe avant la rente immobilière !

Gérance immobilière municipale, Hospice général, Caisses de pension : Les bailleurs publics doivent donner l’exemple !

Puisque les propriétaires privés et les régies n’auront probablement que faire de la solidarité, il faut accompagner ces mesures par des actes immédiats.

Pour montrer l’exemple, nous exigeons que les bailleurs publics, au premier rang desquels la Gérance immobilière municipale, l’Hospice général, la Caisse de pension de l’Etat de Genève et les quatre fondations HBM annulent, et non pas reportent, l’ensemble des coûts liés au logement dès le 1er avril.

Occupations et réquisitions des hôtels et des lieux vides pour loger les personnes qui en ont besoin dans des conditions dignes.

337’000 m2 de surfaces commerciales sont actuellement laissées vides dans le canton de Genève (chiffres de juin 2019, OCSTAT). Au vu de la crise économique à venir et des faillites qui seront engendrées par celle-ci, ce nombre ne va cesser d’augmenter. Cette logique spéculative, déjà scandaleuse en temps normal, devient aujourd’hui révoltante. Dans le canton, des centaines de personnes vivent dans la rue. Ces personnes trouvent refuge pendant la nuit dans les Sleep-in et dispositifs de nuit. Ces lieux – déjà au bord de l’implosion – subissent aujourd’hui une pression renouvellée due à la pandémie de Covid-19 : les travailleur.euse.s sociaux.ales sont surmené.e.s ; les conditions sanitaires sont défaillantes ; les gens accueillies sont à la rue pendant la journée. La réquisition récente de la Caserne des Vernets par l’Etat montre son incapacité à gérer la crise autrement que par des logiques carcérales et sécuritaires : des dizaines de personnes confinées, contrôlées à grand renfort de policiers et militaires présents sur place 24h sur 24.

Face à l’urgence sanitaire et le manque cruel de logements dignes, aucun immeuble de logement ou commercial ne peut rester vide. Le moratoire sur les expulsions doit s’appliquer à toute occupation, et l’État doit réquisitionner massivement les lieux vacants et les hôtels.

Parce que les propriétaires et les régies ne donneront jamais ce qui ne leur aura été arraché, nous appelons dès aujourd’hui à la grève générale des loyers et à l’arrêt immédiat du travail non essentiel. Que chacun.e.x.s fassent de sa facture de loyer un remède contre la pénurie en cours. Nos vies valent mieux que leur profits !

Le Silure, Maison collective de Malagnou, Mal-logé.e.x.s

PS: Un FAQ relatif aux différents moyens d’action et aux questions juridiques est en cours d’élaboration. Em attendant, si vous avez des questions n’hésitez pas à écrire à silure@riseup.net

 

Solidarité en temps de crise… et après

Solidarité en temps de crise… et après

Notes politiques en temps de pandémie et d’urgence sanitaire.

Nous vivons actuellement une crise sanitaire grave notamment en raison de la rapidité de sa propagation à l’échelle planétaire. A la crise sanitaire succédera une crise économique et sociale dont nous peinons aujourd’hui à imaginer la dimension qu’elle pourrait prendre. Alors que les gouvernements mettent en place des mesures d’exception, celles et ceux qui désormais s’activent par solidarité ou qui espèrent une autre organisation de la société peuvent également tenter d’en tirer des enseignements.

D’une crise sanitaire à une réponse politique à la crise économique

Car si la crise offre aux États des opportunités inédites de contrôle social, elle pointe également l’absurdité d’un système économique qui exploite l’humain et détruit la nature. La faillite probable des compagnies aériennes n’est pas seulement une situation économique difficile pour les salarié-e-s et un désagrément pour les voyageur-euse-s, c’est aussi l’occasion de ne pas sauver ces compagnies et de ne plus cautionner un modèle économique où les externalités (destruction de l’environnement et coût social) ne sont pas assumées. Lors de la dernière crise financière et économique majeure de 2007-2008, les États étaient largement venus en aide aux secteurs bancaire et automobile. L’addition a été reportée sur les finances publiques et donc payée in fine par la population, déjà affaiblie par la crise. Il y a fort à parier que sans une action collective déterminée de grande ampleur le même scénario se reproduise.

D’une solidarité organisée à une forme d’organisation

De cette crise sanitaire surgissent d’un peu partout des solidarités inédites. On a rarement autant parlé à ses voisins, proposé de faire des courses pour les personnes âgées confinées chez elles. Or, au fond, il ne tient qu’à nous toutes et tous, que ces comportements de solidarité qui surgissent ne s’évaporent pas quand la crise sanitaire aura disparu. Les formes locales d’organisation, souvent à l’échelle du quartier, peuvent être porteuses d’une autre perspective une fois le droit de réunion rétabli. Elles peuvent être la base d’une démocratie radicale. Avec un peu plus d’ambition, elles peuvent être les structures à partir desquelles repenser un nouveau modèle de production économique basé sur la satisfaction des besoins.

A la précarité sanitaire succédera la précarité économique. Aucun journal télévisé ne se fera l’écho de ces formes de solidarité-là, nous devrons savoir les valoriser par nous-mêmes. A ce prix, cette crise peut être l’occasion de penser un nouveau rapport social et un modèle économique respectueux de l’environnement à une échelle plus locale et humaine.

Néanmoins, ne soyons pas naïfs sur les capacités locales, quand les décisions se prennent à l’échelle nationale, voire au-delà. Pour que les 10 milliards (même pas l’équivalent d’une semaine de la production intérieure brute !) débloqués par le Conseil fédéral ne financent pas les bénéfices des actionnaires, il faudra une forte mobilisation et à une autre échelle. Et ces formes d’organisations locales, surgies dans l’urgence pour faire face à une situation inédite et imprévue, pourraient être un espace puissant de prise de conscience et de mobilisation. D’elles peuvent partir des revendications unificatrices et indépendantes des structures discréditées des partis, associations professionnelles et autres lobbys..

 

Notes politiques en temps de pandémie et d’urgence sanitaire.

Nous vivons actuellement une crise sanitaire grave notamment en raison de la rapidité de sa propagation à l’échelle planétaire. A la crise sanitaire succédera une crise économique et sociale dont nous peinons aujourd’hui à imaginer la dimension qu’elle pourrait prendre. Alors que les gouvernements mettent en place des mesures d’exception, celles et ceux qui désormais s’activent par solidarité ou qui espèrent une autre organisation de la société peuvent également tenter d’en tirer des enseignements.

D’une crise sanitaire à une réponse politique à la crise économique

Car si la crise offre aux États des opportunités inédites de contrôle social, elle pointe également l’absurdité d’un système économique qui exploite l’humain et détruit la nature. La faillite probable des compagnies aériennes n’est pas seulement une situation économique difficile pour les salarié-e-s et un désagrément pour les voyageur-euse-s, c’est aussi l’occasion de ne pas sauver ces compagnies et de ne plus cautionner un modèle économique où les externalités (destruction de l’environnement et coût social) ne sont pas assumées. Lors de la dernière crise financière et économique majeure de 2007-2008, les États étaient largement venus en aide aux secteurs bancaire et automobile. L’addition a été reportée sur les finances publiques et donc payée in fine par la population, déjà affaiblie par la crise. Il y a fort à parier que sans une action collective déterminée de grande ampleur le même scénario se reproduise.

D’une solidarité organisée à une forme d’organisation

De cette crise sanitaire surgissent d’un peu partout des solidarités inédites. On a rarement autant parlé à ses voisins, proposé de faire des courses pour les personnes âgées confinées chez elles. Or, au fond, il ne tient qu’à nous toutes et tous, que ces comportements de solidarité qui surgissent ne s’évaporent pas quand la crise sanitaire aura disparu. Les formes locales d’organisation, souvent à l’échelle du quartier, peuvent être porteuses d’une autre perspective une fois le droit de réunion rétabli. Elles peuvent être la base d’une démocratie radicale. Avec un peu plus d’ambition, elles peuvent être les structures à partir desquelles repenser un nouveau modèle de production économique basé sur la satisfaction des besoins.

A la précarité sanitaire succédera la précarité économique. Aucun journal télévisé ne se fera l’écho de ces formes de solidarité-là, nous devrons savoir les valoriser par nous-mêmes. A ce prix, cette crise peut être l’occasion de penser un nouveau rapport social et un modèle économique respectueux de l’environnement à une échelle plus locale et humaine.

Néanmoins, ne soyons pas naïfs sur les capacités locales, quand les décisions se prennent à l’échelle nationale, voire au-delà. Pour que les 10 milliards (même pas l’équivalent d’une semaine de la production intérieure brute !) débloqués par le Conseil fédéral ne financent pas les bénéfices des actionnaires, il faudra une forte mobilisation et à une autre échelle. Et ces formes d’organisations locales, surgies dans l’urgence pour faire face à une situation inédite et imprévue, pourraient être un espace puissant de prise de conscience et de mobilisation. D’elles peuvent partir des revendications unificatrices et indépendantes des structures discréditées des partis, associations professionnelles et autres lobbys..

 

Notes politiques en temps de pandémie et d’urgence sanitaire.

Nous vivons actuellement une crise sanitaire grave notamment en raison de la rapidité de sa propagation à l’échelle planétaire. A la crise sanitaire succédera une crise économique et sociale dont nous peinons aujourd’hui à imaginer la dimension qu’elle pourrait prendre. Alors que les gouvernements mettent en place des mesures d’exception, celles et ceux qui désormais s’activent par solidarité ou qui espèrent une autre organisation de la société peuvent également tenter d’en tirer des enseignements.

D’une crise sanitaire à une réponse politique à la crise économique

Car si la crise offre aux États des opportunités inédites de contrôle social, elle pointe également l’absurdité d’un système économique qui exploite l’humain et détruit la nature. La faillite probable des compagnies aériennes n’est pas seulement une situation économique difficile pour les salarié-e-s et un désagrément pour les voyageur-euse-s, c’est aussi l’occasion de ne pas sauver ces compagnies et de ne plus cautionner un modèle économique où les externalités (destruction de l’environnement et coût social) ne sont pas assumées. Lors de la dernière crise financière et économique majeure de 2007-2008, les États étaient largement venus en aide aux secteurs bancaire et automobile. L’addition a été reportée sur les finances publiques et donc payée in fine par la population, déjà affaiblie par la crise. Il y a fort à parier que sans une action collective déterminée de grande ampleur le même scénario se reproduise.

D’une solidarité organisée à une forme d’organisation

De cette crise sanitaire surgissent d’un peu partout des solidarités inédites. On a rarement autant parlé à ses voisins, proposé de faire des courses pour les personnes âgées confinées chez elles. Or, au fond, il ne tient qu’à nous toutes et tous, que ces comportements de solidarité qui surgissent ne s’évaporent pas quand la crise sanitaire aura disparu. Les formes locales d’organisation, souvent à l’échelle du quartier, peuvent être porteuses d’une autre perspective une fois le droit de réunion rétabli. Elles peuvent être la base d’une démocratie radicale. Avec un peu plus d’ambition, elles peuvent être les structures à partir desquelles repenser un nouveau modèle de production économique basé sur la satisfaction des besoins.

A la précarité sanitaire succédera la précarité économique. Aucun journal télévisé ne se fera l’écho de ces formes de solidarité-là, nous devrons savoir les valoriser par nous-mêmes. A ce prix, cette crise peut être l’occasion de penser un nouveau rapport social et un modèle économique respectueux de l’environnement à une échelle plus locale et humaine.

Néanmoins, ne soyons pas naïfs sur les capacités locales, quand les décisions se prennent à l’échelle nationale, voire au-delà. Pour que les 10 milliards (même pas l’équivalent d’une semaine de la production intérieure brute !) débloqués par le Conseil fédéral ne financent pas les bénéfices des actionnaires, il faudra une forte mobilisation et à une autre échelle. Et ces formes d’organisations locales, surgies dans l’urgence pour faire face à une situation inédite et imprévue, pourraient être un espace puissant de prise de conscience et de mobilisation. D’elles peuvent partir des revendications unificatrices et indépendantes des structures discréditées des partis, associations professionnelles et autres lobbys..

 

Notes politiques en temps de pandémie et d’urgence sanitaire.

Nous vivons actuellement une crise sanitaire grave notamment en raison de la rapidité de sa propagation à l’échelle planétaire. A la crise sanitaire succédera une crise économique et sociale dont nous peinons aujourd’hui à imaginer la dimension qu’elle pourrait prendre. Alors que les gouvernements mettent en place des mesures d’exception, celles et ceux qui désormais s’activent par solidarité ou qui espèrent une autre organisation de la société peuvent également tenter d’en tirer des enseignements.

D’une crise sanitaire à une réponse politique à la crise économique

Car si la crise offre aux États des opportunités inédites de contrôle social, elle pointe également l’absurdité d’un système économique qui exploite l’humain et détruit la nature. La faillite probable des compagnies aériennes n’est pas seulement une situation économique difficile pour les salarié-e-s et un désagrément pour les voyageur-euse-s, c’est aussi l’occasion de ne pas sauver ces compagnies et de ne plus cautionner un modèle économique où les externalités (destruction de l’environnement et coût social) ne sont pas assumées. Lors de la dernière crise financière et économique majeure de 2007-2008, les États étaient largement venus en aide aux secteurs bancaire et automobile. L’addition a été reportée sur les finances publiques et donc payée in fine par la population, déjà affaiblie par la crise. Il y a fort à parier que sans une action collective déterminée de grande ampleur le même scénario se reproduise.

D’une solidarité organisée à une forme d’organisation

De cette crise sanitaire surgissent d’un peu partout des solidarités inédites. On a rarement autant parlé à ses voisins, proposé de faire des courses pour les personnes âgées confinées chez elles. Or, au fond, il ne tient qu’à nous toutes et tous, que ces comportements de solidarité qui surgissent ne s’évaporent pas quand la crise sanitaire aura disparu. Les formes locales d’organisation, souvent à l’échelle du quartier, peuvent être porteuses d’une autre perspective une fois le droit de réunion rétabli. Elles peuvent être la base d’une démocratie radicale. Avec un peu plus d’ambition, elles peuvent être les structures à partir desquelles repenser un nouveau modèle de production économique basé sur la satisfaction des besoins.

A la précarité sanitaire succédera la précarité économique. Aucun journal télévisé ne se fera l’écho de ces formes de solidarité-là, nous devrons savoir les valoriser par nous-mêmes. A ce prix, cette crise peut être l’occasion de penser un nouveau rapport social et un modèle économique respectueux de l’environnement à une échelle plus locale et humaine.

Néanmoins, ne soyons pas naïfs sur les capacités locales, quand les décisions se prennent à l’échelle nationale, voire au-delà. Pour que les 10 milliards (même pas l’équivalent d’une semaine de la production intérieure brute !) débloqués par le Conseil fédéral ne financent pas les bénéfices des actionnaires, il faudra une forte mobilisation et à une autre échelle. Et ces formes d’organisations locales, surgies dans l’urgence pour faire face à une situation inédite et imprévue, pourraient être un espace puissant de prise de conscience et de mobilisation. D’elles peuvent partir des revendications unificatrices et indépendantes des structures discréditées des partis, associations professionnelles et autres lobbys..