Salaire au travail ménager : 1 brochure + 2 événements

Salaire au travail ménager : 1 brochure + 2 événements

À la veille du Premier mai, le Silure s’est interrogé sur la place du travail dans nos luttes (et dans nos vies ?) à travers un cycle d’événements intitulé Journées de mai. Faut-il fêter le travail ? Pas si sûr, car le travail mutile, rend dingue et tue. Notre travail nourrit la rente des bourgeois qui récupèrent tout ce qu’ils peuvent du maigre salaire qu’ils nous laissent en nous taxant de leurs loyers et de leurs assurances maladie. Plutôt que comme une commémoration des luttes ouvrières, nous voudrions voir le Premier mai comme une occasion de s’approprier l’héritage de ces luttes de façon critique.

Le jeudi 28 avril, c’est le mouvement du salaire au travail ménager qui a été présenté à l’occasion de la soirée Les luttes autour du salaire au travail ménager : quelle histoire, quelles perspectives ?

Une revendication

 

Le mouvement du salaire au travail ménager (appelé tantôt mouvement « pour » ou « contre » le salaire ménager) est un courant féministe d’influence marxiste (ou opéraïste pour la branche italienne) issu du mouvement des femmes des années 1970. Dans la tentative généralisée de définir l’oppression des femmes propre aux courants féministes de cette époque, des féministes se concentrent sur les conditions socio-économiques de la vie des femmes, sur leur exploitation et sur la division sexuelle du travail dans la société industrielle.

C’est donc l’invisibilisation des activités domestiques, ménagères et de prise en charge des membres du foyer que ces militantes problématisent comme du travail, activités qui jusqu’alors étaient plutôt qualifiées « d’amour », et qui auraient relevé d’une propension « naturelle » des femmes à s’occuper d’autrui. Ce que ces militantes démontrent, c’est que cette vision ne permet pas de comprendre en quoi le système capitaliste repose sur ce travail, que l’on qualifie également de « travail de reproduction sociale », qui permet aux travailleurs salariés d’être productifs et à la force de travail d’être reproduite. La définition « extensive » de l’autrice féministe Louise Toupin du « travail ménager » est la suivante :

« (…) l’ensemble des activités par lesquelles la vie humaine est produite et reproduite. Plus exactement, il s’agit du travail qui consiste à fournir à la société des gens qui peuvent fonctionner jour après jour, soit produire, reproduire, renouveler et restaurer la force de travail des individus. On parle alors d’un travail matériel et immatériel, qui inclut « cette combinaison de services physiques, émotionnels et sexuels » (Federici 1977, p. 107) ». (Toupin 2016).

On appelle ça l’amour, s.d. Fonds du Mouvement de libération des femmes – Genève, Archives contestataires.

 

La revendication principale de ce mouvement est un salaire au travail ménager pour toutes les femmes, salaire permettant à la fois la visibilisation d’un travail jusque là réalisé gratuitement, mais également une autonomisation des femmes de la sphère familiale, un rejet de la structure familiale comme lieu de (re)production capitaliste et un refus de l’injonction à libérer les femmes en leur facilitant l’accès au marché du travail, revendication importante du mouvement féministe réformiste de cette époque.

À Genève, le collectif Insoumise, un groupe de militantes actives dès le début des années 1970, s’intéresse à ces questions en rencontrant et traduisant des militantes italiennes pionnières du mouvement, comme par exemple Mariarosa Dalla Costa et Silvia Federici. Les Insoumises ont lutté pendant de nombreuses années à Genève, au sein du Mouvement de libération des femmes, et ont été à l’origine de nombreuses actions et luttes directement inspirées du mouvement du salaire au travail ménager.

Collectif L’Insoumise, Le foyer de l’insurrection. Textes sur le salaire pour le travail ménager, Carouge : MLF, 1977.

 

Une brochure

Le 28 avril, le Silure a organisé une soirée autour du mouvement du salaire au travail ménager à Genève, dans une perspective de présenter ce mouvement (grâce au travail d’Alexia Bonelli) et de discuter sur les perspectives de lutte ouvertes par cette revendication.

Coll., Salaire au travail ménager, Genève : Le Silure, 2022. Télécharger la brochure : https://renverse.co/IMG/pdf/travail_menager-4.pdf

À cette occasion, une brochure a été produite, rassemblant des extraits de textes et des sources conservées aux Archives contestataires dans le fonds du Mouvement de libération des femmes de Genève, et dans les fonds de Alda de Giorgi et de Viviane Gonik, deux militantes du collectif Insoumises.

Le premier texte est le texte d’introduction du livre Le Foyer de l’insurrection publié en 1977 par le collectif L’Insoumise [1]. Le deuxième texte est un extrait du livre Le salaire au travail ménager de Louise Toupin [2] qui présente les Insoumises, leurs activités militantes et leur « reprise » des revendications du salaire au travail ménager. Le troisième extrait expose les aspects révolutionnaires des actions des Insoumises et provient de La stratégie du salaire au travail ménager selon le Mouvement de libération des femmes de Genève, un travail universitaire d’Alexia Bonelli [3].

Prochains événements

Dans la continuité de ces réflexions sur le travail dans une perspective féministe, le Silure et la librairie la Dispersion reçoivent Jeanne Neton pour une présentation de son livre Logique du genre co-écrit avec Maya Gonzales tout juste paru aux éditions Sans Soleil.

 

 

Maya Gonzales & Jeanne Neton, Logique du genre, Genève, Marseille : Sans Soleil, 2022.

Le jeudi 23 juin à 19h à la librairie la Dispersion, présentation du livre par Jeanne Neton et de la maison d’édition Sans Soleil.

Le vendredi 24 juin au Silure, lecture et discussion collective autour de Logique du genre. 17h ouverture des portes et lecture d’un extrait, 18h30 présentation et discussion avec Jeanne Neton.

Plus d’infos à suivre et la brochure à venir chercher au Silure tous les vendredis de 17h à 20h.

Soutien à Nantes Révoltée et au GALE

Soutien à Nantes Révoltée et au GALE

Le 25 janvier, le ministre de l’intérieur français Gérald Darmanin a annoncé publiquement devant l’Assemblée nationale l’ouverture d’une procédure de dissolution contre « Nantes révoltée ».

Nantes révoltée est aujourd’hui un site web et possède plusieurs comptes sur les réseaux sociaux. Le projet a été lancé en 2012 juste avant la première opération d’évacuation de la Zad de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), l’une des luttes centrales de la décennie 2010 en France et qui a touché de nombreux camarades ici en Suisse romande. Par ses écrits, NR a aussi participé à de nombreuses luttes de ces dernières années : les gilets jaunes ou la mobilisation après la mort de Steve Maïa Caniço en 2019 après une charge de police dans une rave party.

Ces annonces répressives ne sont pas isolées. A la mi-janvier, à Lyon, des élus de droite ont réclamé la même mesure pour le Groupe antifasciste Lyon et environs (GALE). Des membres de ce groupe ont déjà touché par une procédure ubuesque l’an dernier après une bagarre avec des membres du groupe fasciste Civitas. On leur a infligé de la prison provisoire dans une affaire qui sentait la collusion entre flics et fascistes locaux du début à la fin.

On voit qu’à quelques mois d’une élection présidentielle saturée de discours fascistes, le gouvernement français veut « soigner sa droite » en désignant des boucs émissaires « extrémistes » aux médias, généralement friands d’ennemis intérieurs en tout genre. Il va sans dire que pour nous les véritables extrémistes sont les groupes sociaux et les organisations qui défendent le système capitaliste tel qu’il nous imposé aujourd’hui. Nous l’avons bien vu en novembre 2021 quand la presse romande a défendu la « liberté d’expression » d’Eric Zemmour tout en déniant toute légitimité d’expression à la coordination antifasciste à l’origine de la manif contre sa venue à Genève.

Depuis la Suisse, le groupe Silure s’oppose ainsi à toute poursuite à l’encontre de Nantes révoltée et du GALE.

Genève, 30 janvier 2022

Contre le Covid-19, aérer et diminuer le temps de travail

Contre le Covid-19, aérer et diminuer le temps de travail

Ce court texte a été écrit dans le cadre du groupe de lecture du Silure début novembre, alors qu’on ne parlait pas encore de la 5e vague de Covid-19. L’idée était de formuler en une page un texte prescriptif à partir de la pandémie. Nous avons choisi de le publier car il adopte un point de vue original sur cette question, il lie en effet un idéal de santé publique à une critique de l’idée dominante du “progrès” dans la société capitaliste. Zones Libres d’Apartheid israélien entre autres pour deux raisons.

L’ensemble des mesures prises aujourd’hui pour lutter contre la pandémie sont tournées vers le maintien en fonction du système productif capitaliste. L’alternative à ce qui est une politique économique plutôt qu’une politique de santé publique ne peut pas consister en un refus de ces mesures au motif que leur objectif n’est pas le bon. Il faut au contraire souligner que seul un changement d’objectif est de nature à garantir une protection durable contre ce virus et ceux qui, selon toutes vraisemblances, vont lui succéder de même que contre le péril que représente le changement climatique, le tout formant, en somme, une même menace. Changer d’objectif, c’est précisément décider de ralentir le système productif capitaliste.

La focalisation sur le vaccin, quoi qu’incontournable au point où la pandémie a pu se développer, a entraîné une marginalisation des techniques de prévention plus simples comme l’aération, le port du masque ou la réduction temporaire des interactions sociales. Comme toujours, ce sont les solutions les plus techniques et les moins appropriables qui sont portées comme des solutions uniques, dévalorisant les approches à solutions multiples, moins techniques, moins intrusives, moins autoritaires. De l’histoire de la vaccination, on n’a retenu que l’utopie techno-scientifique d’une immunité de troupeau quasi instantanée. Or, si l’on veut bien ouvrir le regard au-delà de l’histoire médicale de la médecine, l’histoire de la vaccination, c’est l’histoire d’une construction sociale dans laquelle les épidémies tiennent, dans certaines parties du monde, de moins en moins de place, grâce aux vaccins, grâce à l’amélioration générale des conditions d’hygiène, grâce à une meilleure alimentation, grâce à la régulation des conditions de logement et de travail, grâce à la diminution du temps de travail. C’est cette construction sociale qu’il faut poursuivre et dont il faut désirer l’extension à l’ensemble de la planète. Rien n’oblige, contrairement à ce qu’affirment certaines critiques prétendument de gauche, à ce qu’elle culmine dans le triomphe du béton armé, de l’automobile individuelle et de l’arrogance médicale. Le progrès social n’est lié à la production industrielle que parce que les capitalistes l’ont voulu ainsi et qu’une fraction de la gauche était toute prête à l’accepter.

C’est donc, en parallèle à la stratégie de vaccination, des mesures simples de relevé de la qualité de l’air et de renouvellement de celui-ci qui devraient être promues de façon décidée par les pouvoirs publics pour les lieux où de fortes concentrations de personnes sont inévitables. Plus largement, des efforts devraient porter sur l’explication des conditions de transmission de ce virus pour que les collectivités puissent baser leurs stratégies de réduction des risques sur une connaissance rationnelle des propriétés du virus.

La diminution drastique et généralisée du temps de travail devrait être regardée aujourd’hui comme une mesure de santé publique, non seulement face aux pandémies en cours et à venir, mais aussi face à l’ensemble des autres atteintes à la santé que le travail provoque. De toute évidence, l’intensité du travail et la part qu’il tient dans la vie quotidienne provoque les situations dans lesquelles les virus se transmettent : pics de fréquentation des transports publics, des supermarchés, des lieux de loisir. A cela s’ajoute que les écoles et les crèches, du fait de l’intensité du travail, sont de plus en plus réduites à des fonctions de gardiennage pur et simple (la volonté forcenée de les maintenir ouvertes pendant les pires moments de la pandémie l’a bien montré), là où elles devraient être des lieux de socialisation et d’apprentissage collectif. Une semaine de travail réduite à deux jours devrait être le point central d’un programme de gauche pour sortir de la crise sanitaire, pour éviter les suivantes.

Le silure, début novembre 2021
Pour toute correspondance : silure(at)riseup.net

Photo d’illustration : grève au CHUV de Lausanne le 23 juin 2021.

 

Contre le pass, mais pour le masque. Notes sur le QR-code


Contre le pass, mais pour le masque. Notes sur le QR-code


Le Silure, en tant que collectif et espace de luttes autonomes, a décidé de rejoindre la campagne Zones Libres d’Apartheid israélien entre autres pour deux raisons.

 

En Suisse, le scan d’un QR-code attestant de son statut sanitaire a été rendu obligatoire le 13 septembre pour accéder à un certain nombre de lieux publics fermés.

Pour commencer, précisons que l’on n’a (malheureusement) pas de solution clé en main pour combattre cette pandémie, ni de boule de cristal pour savoir quand elle se terminera. Notre prise de parole n’est pas celle d’un cénacle de médecins ou d’un parti de gouvernement, nous parlons d’un point de vue militant qui cherche la rupture avec le système de domination capitaliste.

Cette rupture est nécessaire entre autres choses parce que ce système et le saccage de l’environnement qui l’accompagne favorisent l’apparition et la dissémination de virus pathogènes comme le Covid-19. C’est pour cette raison que l’on a critiqué à de maintes reprises la politique de « nos » autorités, mais sans jamais nier l’existence du virus lui-même. Comme le disait un camarade biologiste, « il n’y a pas de camp pour savoir si un t-shirt vert est bien vert. Par contre, on peut débattre sur « est-il beau ? » ».
Alors que l’an dernier, les partis de gauche se sont souvent alignés sur le gouvernement suisse, nous avons dénoncé la logique de classe derrière la politique suivie à l’automne 2020 [1], lorsque rien n’a été entrepris pour enrayer le nombre de contaminations et de morts dans le pays. De même, il a été dit et redit que les politiques de confinement ne réglaient rien pour les classes populaires qui se retrouvaient brutalement sans revenus ou forcées d’aller travailler sans mesures sanitaires efficaces.

Ce petit retour en arrière est nécessaire pour comprendre d’où l’on parle aujourd’hui, dans cette phase politique marquée par l’introduction du QR-code dans la majorité des lieux publics fermés. Tout est différent de 2020, l’arrivée du vaccin en Occident a rebattu les cartes et les Etats veulent désormais tout faire pour éviter des fermetures d’entreprises (commerces, aéroports, restaurants, etc.). Les raisons avancées par les élites politiques sont surtout financières, les “cautionnements solidaires” de l’an dernier ont coûté cher à ce pauvre pays qu’est la Suisse. A ce titre, un rapport du Contrôle fédéral des finances publié début septembre a montré que plus de 200 entreprises ont continué à verser des dividendes à leurs actionnaires malgré les aides de l’Etat. Voilà une preuve de plus que dans cette crise sanitaire tout le monde n’est pas “dans le même bateau”. Il est vraiment indécent de voir la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter (PLR) dire que le fait de devoir refermer des entreprises pour motif sanitaire serait “son cauchemar”, quand on sait que dans le même temps elle gère les taules pour migrantExs comme le prochain centre fédéral en construction au Grand-Saconnex (“Femina”, 29/08/21).

 

Le QR-code est un symptôme

 

Se positionner contre le passe sanitaire est un exercice périlleux, car les critiques les plus véhémentes mais surtout les plus visibles sont celles formulées par la sphère confusionniste à tendance d’extrême droite, telles que celles du groupe Reinfocovid et ses multiples chaines Youtube (voir l’article de La Horde à ce sujet https://lahorde.samizdat.net/Qui-sont-les-animateurs-de-Reinfocovid )
Plusieurs médias de gauche se sont emparés de la question, notamment la Quadrature du net, une association qui dénonce la surveillance numérique et qui publie des articles sur son site internet : https://renverse.co/analyses/article/de-quel-type-de-surveillance-le-passe-sanitaire-est-il-l-expression-3222

Leur article est un travail sérieux tant sur les dangers des technologies numériques que les prises de paroles (relativisantes) allant jusqu’à nier la réalité de la pandémie dans les manifs en France. Il est d’ailleurs regrettable que l’opposition au QR-code n’ait pour ainsi dire tissé aucun lien avec les protestations précédentes contre le passeport biométrique, la reconnaissance faciale, les caméras de surveillance et autres merdes techno-capitalistes. En Suisse, c’est plutôt une mouvance « anti-vaccin » (c’est comme ça que les médias l’appellent) qui est en train de se renforcer. Cette dernière est composée de plusieurs micro-mouvements, parfois uniquement présents en Suisse alémanique : Freiheitstrychler (les sonneurs de cloches), Amis de la constitution, Stiller Protest, Mass-voll, etc. On peut les considérer comme la deuxième branche de l’arbre néolibéral puisqu’en plus de n’avoir aucun problème avec la domination en général, ces groupes revendiquent un « droit d’ignorer l’Etat », tel que l’avait formulé le théoricien racialiste Herbert Spencer il y a plus d’un siècle. On est en plein dans une vision conservatrice-individualiste de la société, celle d’un individu-roi qui estime incarner le peuple à lui tout seul. Ces libéraux-spencéristes vampirisent toute l’opposition au Conseil fédéral, leur propagande est à gerber et il est clair que ces gens-là seraient les premiers à nous réprimer s’ils se retrouvaient un jour au pouvoir (ils le sont d’ailleurs en partie quand on entend les discours libéraux-eugénistes d’Ueli Maurer (UDC) sur la façon de réagir à la pandémie).

La question internationaliste se pose également vu que les Etats occidentaux sont désormais engagés dans une compétition cynique pour le peloton de tête du taux de vaccination au détriment des pays du sud. Comme le faisait remarquer l’anthropologue Aude Vidal sur son blog, “les débats [sur le pass sanitaire] restent très franco-français. Nous peinons à imaginer l’impact que peut avoir le simple fait de tomber malade et de rester alité·e dans un pays sans couverture médicale ni protection sociale qui assure le revenu des malades jusqu’à leur rétablissement”. Le propos est complètement valable pour les groupes anti-vaccins cités plus haut, qui sont gangrénés par un nationalisme dégueulasse et un sentiment que la Suisse est le “pays le plus libre du monde”. A l’inverse, une opposition au QR-code dégagée de ces scories assumerait de dire que le covid n’est pas à proprement parler une “question suisse” et qu’au contraire, la lutte contre les dispositifs de flicage devrait aller de pair avec une perspective d’éradication du virus à l’échelle mondiale.

Du reste, il est indéniable que la période polarise les fronts, les changements sont brutaux et font disjoncter pas mal de monde, nous y compris. Si l’opposition légitime au QR-code dure dans le temps, il serait bon qu’elle rappelle aussi que le Conseil fédéral a décidé le mois dernier de rendre les tests payants à partir du 1er octobre. Ou que le gouvernement suisse est le premier à s’opposer aux levées de brevets pour les vaccins au sein de l’OMC. Voilà quelques perspectives autres et on l’espère incompatibles avec le simple mantra selon lequel il faudrait « apprendre à vivre à l’ère [du certificat covid] » (« Tribune de Genève », 14/09).

Intervention du Silure à la conférence de presse de la campagne Apartheid Free Zones du 15 mars 2021

Intervention du Silure à la conférence de presse de la campagne Apartheid Free Zones du 15 mars 2021

Le Silure, en tant que collectif et espace de luttes autonomes, a décidé de rejoindre la campagne Zones Libres d’Apartheid israélien entre autres pour deux raisons.

1) Cette campagne est une occasion importante d’ancrer matériellement une solidarité internationale dans un territoire, en l’occurrence la région genevoise. Une lutte et des solidarités internationales qui se manifestent concrètement dans nos rues et nos espaces de vie ne se retrouvent dès lors plus cantonnées aux rubriques internationales des médias et redonnent ainsi une place à ces enjeux politiques essentiels dans nos vies quotidiennes.

2) Ensuite, parce que les luttes anti-racistes politiques qui nous animent et nous mobilisent en Suisse et en Europe, contre les violences systémiques qui s’abattent sur les personnes migrantes tentant de se réfugier dans l’Europe-forteresse, contre les violences policières qui mutilent et tuent en premier lieu les personnes racisées, contre l’islamophobie qui se manifestent quotidiennement, par exemple contre les femmes voilées, et contre bien d’autres manifestations du racisme systémique, ne peuvent que se renforcer en s’alliant aux luttes antiracistes et anti-coloniales des peuples des autres continents.

Pour le Silure, concrètement, l’adhésion à cette campagne nous permettra d’inviter les personnes qui font vivre notre lieu, entre autre à travers cantine et événements, à ne pas acheter des produits issus de l’apartheid israélien. Nous nous servirons également de notre lieu et de ses activités pour diffuser largement le matériel d’information produit par la campagne AFZ- Genève. Et nous nous réjouissons déjà de participer à faire vivre cette campagne, en lien avec les autres collectifs ou espaces adhérents, à travers l’organisation d’événements et de rencontres pour informer sur le régime d’apartheid israélien et renforcer la solidarité avec la lutte du peuple palestinien.

Incendie du foyer des Tattes – il y a six ans déjà…

Incendie du foyer des Tattes – il y a six ans déjà…

Il y a six ans déjà, dans la nuit du 16 au 17 novembre 2014, un incendie se déclarait au foyer des Tattes, le plus grand lieu d’hébergement pour requérant.e.s d’asile de Suisse. Dans cet incendie, Fikre Seghid, un Érythréen de 29 ans, trouvait la mort par intoxication et des dizaines d’habitant.e.s étaient gravement blessé.e.s.  

Lors de l’incendie, des personnes prises au piège ont été contraintes de sauter par les fenêtres des bâtiments. Lorsque ensuite ces personnes se sont retrouvées hospitalisées, ni l’Etat ni l’Hospice général ne se sont souciés d’elles. Certaines sont même sorties de l’hôpital sans chaussures… la totalité de leurs affaires ayant été perdues dans le bâtiment incendié. Dans les semaines qui ont suivi, la police genevoises s’est acharnée sur les victimes, en les incarcérant et en cherchant à les expulser. Nous joignons à ce texte une version imprimable d’une brochure de témoignages recueillis auprès des victimes de l’incendie que nous avions distribuée lors de la manifestation commémorant les 5 ans de ce tragique événement en 2019 et qui raconte ce qu’elles ont subi. Le livre, Les Tattes incendie et autres cauchemars, comprenant ces témoignages sera également bientôt disponible dans certaines bibliothèques municipales et petites librairies afin qu’ils soient diffusés plus largement à Genève.

La justice genevoise déclarait à l’hiver 2014 qu’une enquête était ouverte pour faire « toute la lumière » sur ce drame. L’année dernière, sous la pression de collectifs solidaires des victimes, le Ministère public affirmait que «  l’enquête [était] à bout touchant » et que « la procureure [rendrait] son avis de prochaine clôture de l’instruction avant la fin de l’année ». (Le Courrier, 14 novembre 2019). Où en est-on aujourd’hui ? Aux dernières nouvelles, on attend toujours… Et toujours pas la moindre reconnaissance ni indemnisation alors que la responsabilité de l’Hospice général et de l’Etat dans ce drame a été pourtant largement démontrée.

Après tant d’années d’injustice, il est permis de se demander ce qu’on peut encore attendre d’un système politique et judiciaire qui affiche un tel mépris pour les victimes. Nombre de ces dernières souffrent encore des séquelles de l’incendie. Certaines, écoeurées, ne veulent plus s’exprimer sur le sujet, estimant que tout a été dit. Lorsqu’il s’agit de la vie de jeunes personnes étrangères, l’appareil judiciaire semble adopter une lenteur cynique qui détonne avec l’empressement dont il fait preuve lorsqu’il s’agit de criminaliser, d’enfermer ou d’expulser des personnes dont le seul délit est d’avoir cherché refuge en Suisse.

Cet incendie et le traitement méprisant réservé à ses victimes par les autorités genevoises et leur institution de service social, l’Hospice général, sont un symbole tragique de la violence systémique qui s’abat sur les personnes à qui la Suisse refuse l’asile. A l’heure où le mouvement Black Lives Matter secoue les Etats-Unis et trouve un large écho en Europe, est-il nécessaire de rappeler que cette violence, qu’elle soit étatique ou sous-traitée à des entreprises de sécurité privées, s’abat systématiquement sur des personnes racisées ?

Ce type de drame mortel est le symptôme aigu d’une politique de rejet et d’exclusion. En 2010, six ans avant l’incendie, Joseph Ndukaku Chiakwa, un requérant d’asile nigérian, décédait ligoté sur le tarmac de l’aéroport de Kloten lors de son expulsion. En 2017 à Lausanne , trois ans après l’incendie, Lamine Fatty, un requérant d’asile Gambien, mourrait dans une cellule de la Blécherette sous les yeux de la police, après avoir été arrêté « par erreur ». En 2018, à Genève, Ali Reza, un requérant d’asile afghan de 18 ans, se donnait la mort dans le foyer de l’Étoile où il résidait, après avoir été tabassé par des agents de sécurité. En 2014, les personnes requérant.e.s d’asile étaient logées dans des foyers surpeuplés, insalubres et insécures. En 2020, elles sont soumises à des conditions de vie quasi carcérales à l’intérieur de centre fédéraux. Dans les deux cas, elles subissent la ségrégation sociale et spatiale et le harcèlement des polices, qu’elles soient publiques ou privées. Alors que la construction du centre fédéral de Gd-Saconnex démarre, les récits des violences vécues dans les centres fédéraux déjà existants en Suisse affluent. Ce bâtiment de haine ne doit pas voir le jour à Genève.

..,    Pour rendre politiquement justice aux victimes de l’incendie des Tattes ainsi qu’à toutes les victimes des violences racistes que charrie la politique migratoire suisse, la priorité est de transformer radicalement ce système d’ « asile » inhumain, pour reconnaître à chacun.e le droit de vivre où elle/il le veut, ou, de façon plus réaliste dans un monde encore soumis aux pillages et à la violence capitalistes, où elle/il le peut.
En attendant, nous continuons d’exiger que les autorités genevoises reconnaissent leur responsabilité dans ce drame et indemnisent les victimes.

Justice et dignité pour tou.te.s !
Ce système doit tomber, il a déjà fait trop de morts.

Le Silure, 16 novembre 2020

 

 

Retrouvez ci-dessous le recueil de témoignages de victimes de l’incendie des Tattes, Paroles en Exil, Incendie et autres cauchemars.